VARSOVIE, 7 jan (AFP) - Les organisations féministes polonaises ont réclamé mardi la libéralisation de la loi anti-avortement au cours d'une conférence organisée pour le dixième anniversaire de l'interdiction de l'interruption volontaire de grossesse en Pologne.
"Cette loi honteuse a uniquement des effets négatifs", a déclaré Izabela Jaruga-Nowacka, ministre chargée des questions de l'égalité des sexes.
Selon les féministes, entre 80.000 et 200.000 avortements sont pratiqués illégalement chaque année en Pologne, le prix moyen d'une telle intervention s'élevant à environ 2.000 zlotys (500 euros).
"Les Polonaises, qui ont décidé d'interrompre leur grossesse, ont été contraintes à faire appel à un 'marché noir' de l'avortement, extrêmement onéreux et qui reste en dehors de tout contrôle médical", a déclaré Wanda Nowicka, présidente de la Fédération pour les femmes et le planning familial.
"Cette loi non démocratique a renforcé le sentiment que les questions des femmes relevaient du monopole de l'Eglise catholique", a pour sa part déclaré Agnieszka Graff, auteur du livre 'Le monde sans femmes' sur la condition féminine dans ce pays.
Le parti post-communiste de gauche SLD, qui s'était engagé au cours de sa campagne électorale aux législatives 2001 à libéraliser la loi sur l'avortement, ne compte pas la modifier avant le référundum national sur l'adhésion de la Pologne à l'UE pour ne pas perdre le soutien de l'Eglise catholique (90% des Polonais sont catholiques).
La législation sur l'interruption volontaire de grossesse est à côté de celle de l'Irlande la plus stricte en Europe.
La loi polonaise n'autorise une telle intervention jusqu'à la 12ème semaine de grossesse qu'en cas de viol ou d'inceste, de danger pour la santé de la mère ou de malformation irréversible du foetus.
Un avortement illégal est passible de deux ans de prison pour la personne qui le pratique, mais la femme elle-même n'est pas pénalisée.

